jeudi 9 octobre 2014

UX designer : définition


A l'occasion d'une journée de présentation des métiers du design interactif, aux Gobelins, ce jeudi 9 octobre, quelques experts sont venus témoigner de leur expérience en tant que designer dans les grandes entreprises de l'hexagone. J'ai souhaité revenir sur la notion de UX designer qui y a été abordée. C'est notamment Ingrid Thoret qui a le plus cerné le profil de ce métier. Une intervention de qualité mais qui n'a pas empêché de soulever quelques interrogations auprès de mes élèves (que je partage avec d'illustres professeurs) dans l'assemblée. J'ai donc souhaité recontextualiser ici la définition du métier de l'UX designer afin de faire profiter à tous de cette nécessaire mise au point.

Qu'est-ce qu'un UX designer ?

UX DESIGNER, les recruteurs n'ont plus que ce mot-là à la bouche. Quelle différence y a-t-il d'abord entre UX et UI designer ? Quid du motion designer et du web designer ? Pour commencer, comprenez que le terme UX designer désigne littéralement Designer d'expérience utilisateur. Et cette notion est la couche ultime de plusieurs niveaux de création imbriqués. Il convient donc de resituer chaque métier au sein d'une chaîne de production digitale pour comprendre le véritable rôle de l'UX. Détails :

Le MOA
C'est celui qui rapporte et met en forme la demande du client. Le porteur du brief général. Il élabore pour cela le cahier des charges en lien direct avec le client commanditaire. Il maîtrise les outils bureautiques et connaît les limites des langages. C'est lui qui élabore l'audit.

Le chef de projet
Il est celui qui oriente la ligne globale du projet à partir d'une stratégie commerciale et fonctionnelle, eut égard au cahier des charges élaboré par le MOA. Il met au point une recommandation stratégique (dite reco) mettant en avant les axes à prioriser et élaguant ceux qui n'apportent rien. Il alimente son avis de brenchmark, de statistiques et de diverses données factuelles. Aucune décision ne doit être empirique. Il établit un planning et devis prévisionnels.

Le directeur de création
Il supervise l'orientation globale du projet, indique les tendances artistiques à suivre et définit les pistes créatives et graphiques à développer pour se démarquer de la concurrence. Il recrute si nécessaire les talents appropriés, forme ses équipes, motive ses troupes, pousse les designers à se surpasser et à innover tout le temps. Il est très en phase avec les tendances. Il recueille et rassemble des idées qu'il demande de réaliser ou de dépasser. Il oriente ainsi les choix du concepteur et de l'UX designer sur les types d'interface à déployer afin d'ancrer le projet dans une tendance identifiée.

Le concepteur
Il est celui qui élabore les fonctionnalités du site, sans plu-value spécifique, en respectant fidèlement les demandes soulevées par le client, à travers le cahier des charges du MOA et surtout de la reco du chef de projet. Il connaît les limites des langages et utilise les outils bureautiques et des outils de prototypage comme Axure ou Omnigraffle.

L'UX designer

Le designer d'expérience utilisateur est celui qui va concevoir des interfaces fonctionnelles innovantes, qui articulent de manière organique la forme et le fonds. Il connaît les possibilités des langages, il connaît les possibilités des logiciels graphiques. Mais il ne réalise pas le design ni ne monte les pages. Il met simplement à plat, à travers des wireframes, des schémas, voire, des prototypes de mécanique animés ou des storyboards, la conception du projet en y intégrant la définition de dispositifs interactifs innovants, sensibles, vecteurs d'émotion et au service d'une fonction, centrés sur l'émotion et l'attente des utilisateurs. C'est en somme un super concepteur de projet, qui a en plus une grande très culture artistique, et un bon sens de l'ergonomie. Il prend en charge la définition fonctionnelle et artistique de modules ébauchés par le concepteur. Il sait apporter des fonctions qui "déchirent" bien qu'absentes du cahier des charges du client et de la reco. Il en réfère d'ailleurs au chef de projet pour l'aider à valoriser le projet. Il se révèle à ce titre très combatif et fait preuve d'une grande force de proposition. Pédagogue, il lutte pour niveler toujours un projet vers le haut, contre les vieux principes acquis de ses commanditaires. Il répond à des besoins souvent non exprimés en sachant adapter, d'un seul coup d'oeil, ce qui est formalisé en texte ou en formulaires stériles, en de véritables systèmes animés et interactifs flexibles, dynamiques et sensoriels. Il conçoit le design fonctionnel d'une interface quand le designer interactif n'en mesure que l'aspect formel. Il ajoute une dimension de service, de fonction à des données brutes ou à des datavizs.

Le designer interactif
Il est celui qui conçoit et réalise le rendu graphique d'un dispositif interactif au sein d'un projet numérique. Il agence les zones d'interaction et la manière dont répond l'interface, avec animations, vélocité, amortissements, nuances, rythme, selon le contexte. Il maîtrise les logiciels d'animation et d'interactivité tels que Edge Animate ou Flash. Il sait utiliser des librairies Javascript telles que Greensock, permettant de générer des animations 2D et 3D calculées dynamiquement en fonction des interactions amorcées par l'utilisateur. Il ne gère pas la conception de fonctionnalités (UX designer) ni leur développement technique avancé (Développeur front).

Le MOE
Il répond des recommandations techniques et artistiques fixées par l'UX designer en élaborant de manière précise les spécifications techniques pour le développement du projet. Il détermine le choix des langages, des outils système, des enjeux technologiques et organise l'ingénierie nécessaire pour la bonne conduite technique du projet, les postes requis. Il est ingénieur et en plus de connaître les langages objet et serveur, il sait sécuriser et administrer les systèmes et les réseaux.

L'architecte de l'information
Il organise les données selon une hiérarchie sémantique (titre, sous-titre, sous-sou-titre, entête, pied, article, section, libellés des hyperliens, etc), mais aussi dans une articulation favorable aux règles d'accessibilité et de référençabilité. Il possède de solides connaissances en rédaction, en référencement, en normes d'accessibilité et en HTML.

Le D.A. (ou graphiste)
Le directeur artistique (D.A.) est celui qui définit les tendances, les couleurs, les types de formes, le style, les échantillons graphiques qu'il faudra décliner à partir des recommandations du directeur de création. Il constitue pour cela une charte. Il maîtrise les logiciels graphiques et possède une solide culture graphique.

L'infographiste
Il est celui qui réalise des visuels isolés de tout environnement interactif en vu d'illustrer simplement : un article de presse, une page d'un livre, un contenu. Il maîtrise les logiciels graphiques.

Le maquettiste PAO
Il met en page les documents imprimables en respectant les contraintes de l'industrie graphique traditionnelle (calibrage colorimétrique, règles typographiques). Il maîtrise Photoshop, Illustrator, Indesign, Acrobat, voire XPress.

Le maquettiste digital
Il adapte une mise en forme initialement conçue pour le papier, pour le numérique ou créer des documents numériques de toute pièce. Il utilise Indesign et les plugins numériques que sont DPS, Aquafadas, Twixl, Origami, Studio Pro, iBooks Author. Il exporte au format natif ou en ePub pour les tablettes et smartphones vers les stores virtuels. Il a des notions de langages Web et de montage vidéo, afin d'enrichir sporadiquement ses mises en forme interactives à l'aide d'animations et de pages HTML.

Le UI designer
C'est le designer d'interface utilisateur. Il adapte la charte du D.A. pour créer le design des principaux gabarits de pages Web et des écrans d'applications. Il connaît les logiciels graphiques, les limitations des langages et l'architecture de l'information, pour savoir ce qui doit être géré comme texte éditable, en tant qu'image de fond, ou image de flux, etc. Il ne monte pas les pages Web.

Le Web designer
Le webdesigner a en charge de monter les pages Web en HTML5/CSS à partir des modèles graphiques élaborés par le UI ou le DA. Il connaît les logiciels graphiques et les langages HTML5/CSS. Il sait réaliser des prototypes de pages web responsives sans toutefois réaliser d'interfaces sophistiquées et sait personnaliser une feuille de styles ou installer un site Wordpress.

L'intégrateur
Il est celui qui décline mécaniquement toutes les pages du projet à partir des pages modèles élaborées par le webdesigner. Il optimise le code. Il maîtrise à la perfection les langages Web, HTML5, CSS, CSS2, CSS3, un peu de Javascript. Il connaît les caprices des navigateurs. Il sait gérer une mise en forme responsive à l'aide de MediaQuery. Il mange du code toute la journée et ne travaille que dans des logiciels libres. Il n'aime pas les logiciels Adobe. Il est donc très très vilain.

Le développeur front
Il est celui qui ajoute de l'intéractivité aux pages Web et développe des fonctionnalités Web à partir des pages HTML mises en forme par le Web designer. Il maîtrise HTML5, CSS, Javascript. Il utilise, pour mâcher le travail de développement d'animations interactives, des logiciels tels que Edge Animate, mais, par rapport au designer interactif, il se concentre surtout sur le développement technique de l'interactivité, tel que définit par l'UX designer.

Le développeur back-office
Il est celui qui rend dynamique une page Web pour la relier à une base de données ou pour ajuster dynamiquement sa mise en forme en fonction des requêtes utilisateur et de données enregistrées dans les cookies du navigateur. Il maîtrise PHP/MySQL/XML, le HTML et Javascript, Ajax.

Le data designer (ou designer de dataviz)
Il est celui qui convertie les données brutes, qu'ils soient mots ou chiffres, en idéogrammes, en pictogrammes, afin de rendre plus universel et plus graphique la lecture de données. Il possède une très grande culture du signe et de la typographie. Il maîtrise les logiciels graphiques.

Le motion designer
Il est celui qui anime les images et les formes telles que définies par le data designer ou le D.A. mais sans interactivité. Il utilise un logiciel de compositing tel qu'After Effects et/ou d'animation 3D tel que Cinema 4D. Il peut également réaliser des interfaces animées au sein de l'environnement de Edge Animate (qui succède désormais Flash) pour obtenir des animations interactives.

Conclusion

En conclusion, l'UX designer est un concepteur qui transforme un projet banal en projet novateur porteur d'émotion et de sens, doté d'interfaces sensitives et animées. Il se place dans le pôle stratégique d'une entreprise, et intervient très en amont du projet, dès la prise de brief, jusqu'au test final des fonctionnalités.

Bien souvent, le structure d'un studio de création ou d'un département communication chez l'annonceur ne permettent pas de tayloriser ni de spécialiser autant la chaîne de production. Et bien souvent, un individu incarne plusieurs de ces postes ci-dessus référencés à la fois. Un UX designer devient aussi un designer interactif. Un D.A. devient aussi webdesigner. Un développeur front devient aussi développeur back et intégrateur. Un motion designer devient aussi infographiste et concepteur de datavizs. Un maquettiste PAO devient maquettiste digital.

Si certaines compétences, comme ces dernières, matchent bien ensemble, il vous revient, lors des entretiens d'embauche, de cadrer la définition du poste de sorte qu'on ne vous impose pas l'impossible. Un développeur back-office n'a ainsi rien à faire en tant que motion designer. Et un graphiste n'a pas à monter une base de données. Rappelez toujours que plus on vous en demande, moins vous serez performant à chaque tâche. Et que c'est une fausse économie de croire qu'une personne peut tout faire, puisqu'au lieu de produire, elle sera contrainte de se former perpétuellement pour maintenir une expertise opérationnelle et de produire peu.

Pour les postes cadres, en revanche, il est nécessaire de disposer d'une vision globale du secteur. Mais l'objectif n'est alors plus de produire soi-même, mais de rester en veille afin d'accompagner une stratégie d'ensemble pour le compte d'agences, d'éditeurs, de producteurs ou d'annonceurs. On retrouvera alors la distinction de postes titres tels que Webmaster, pour toutes les spécificités afférentes au Web, online, ou le superviseur d'effets spéciaux qui dirige, lui, un pôle audiovisuel hi-tech. Concernant le digital, un nouveau métier reste à créer, tel que celui délivré à l'issue de la toute nouvelle formation d.i.i.t de 9 mois dispensée aux Gobelins et dans laquelle j'ai l'honneur de proposer mon expertise par ailleurs dispensée aussi au titre de mon activité libérale (Swipe & Swipe). Le spécialiste du digital et des interfaces tangibles pourra alors s'appeler Digitalmaster, Chef digital, Concepteur réalisateur digital, CDO opérationnel (Chief Digital Officer) ... Tout reste à définir. Le métier est neuf et le débat reste ouvert.

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