mardi 21 octobre 2014

La presse 3.0


A l'occasion de la sortie du livre La presse sur tablette, aux éditions CFPJ, auquel j'ai eu l'honneur de participer, je me suis interrogé sur le devenir de la presse, au-delà des prospections que nous pouvons rencontrer ici et là, y compris dans cet ouvrage très apprenant, et indépendamment de projets en cours dont je me dois de ne rien révéler.

Comme à chaque innovation, on se pose la question du bouleversement des usages que va introduire une technologie. Parce que les usages ne sont jamais fermés, ni manichéens, parce que le monde est un éternel flux de vie qui évolue d'un état à l'autre, je pense que le modèle d'une parution unique pour chaque plateforme n'est pas une finalité mais probablement qu'un point de départ de la révolution numérique, dans le secteur de la presse, que nous entrevoyons. Explications.

On sait maintenant qu'il est stupide de copier-coller un contenu d'une plateforme à l'autre. Le réplica PDF issu d'un quotidien papier vers le Web et l'iPad n'a aucun sens d'un point de vue éditorial, ni même d'un point de vue commercial. Pourquoi chercher à récupérer la même information, la même mise en page compacte, sur un support engageant, moins lisible et moins mobile qu'une feuille de papier ? Je m'interroge d'ailleurs encore sur comment un service de presse peut-il quantifier une audience qualitative et volumétrique à partir d'un nombre de PDF vus, comme c'en est la règle aujourd'hui. N'est-il pas invraisemblable de mesurer votre lecture à partir de la mise à disposition d'un fichier que vous ne regardez même pas ?

Voici un des schémas de la presse de demain que je propose. Je la nomme Presse 3.0 par référence à l'aspect éditorial, absent du Web 2.0, qui caractérise l'édition numérique, et face aux usages qui l'ont donc précédé.

1) Le point d'entrée est l'actualité chaude. Ce n'est plus le journal imprimé, pas assez réactif. C'est l'instantané. C'est donc la phablette, le smartPhone, voire la montre ou les lunettes, les plus mobiles des supports en somme, qui vont identifier les contenus. A chaque dépêche qui arrive, le lecteur aura le loisir de la zapper ou de la stocker. Je valide. Je jette. La pratique doit être aussi simple que cela. Le coup de force viendra de celui qui inventera cette application capable de trier, par simple tap, l'information. Mais son contenu ne sera pas étayé sur ce support. L'utilisateur choisira en revanche la possibilité de l'ajouter à un flux différé, pour sa tablette Ultra HD maxi dimensionnée, s'il souhaite accéder à une version enrichie de cette actualité, plus tard.

2) le soir rentrant (on sait maintenant que du fait du coût exorbitant de la 3G sur les tablettes et des vols à l'arraché que ce bijou induit, on l'utilise uniquement chez soi le soir ou au petit déjeuner seulement), sur sa tablette donc, la même application éditorialisée affiche les "pushs" que nous avons stockés dans la journée. Si je dispose d'un compte utilisateur à crédits (sans passer par Newstand ni App store et donc sans reverser 30% de commission à une société telle que Apple/Amazon/Google qui se défiscalise dans les paradis fiscaux), alors, je peux accéder tout en respectant le droit d'auteur souverain, à des contenus audiovisuels, des infographies interactives, des interviews, des web docs, des articles de fonds, conçus par de vrais journalistes adossés à de véritables motion designers.

3) Je les partage si je le souhaite sur mes réseaux sociaux. Et, depuis ma tablette ou mon ordinateur, je peux sélectionner les articles que je souhaite archiver. Je qualifie ainsi mes lectures et mon profil. je commente mes articles préférés. Je rassemble et partage mes annotations.

4) Mon profil qualifié sur mon ordinateur introduit mes préférences en terme de lecture. Et mes articles préférés peuvent être imprimés, avec ou sans mes commentaires, dans un numéro unique, à tirage numérique (2 fois plus onéreux mais amorti par des annonces 10 fois plus qualifiées), de mon choix. Je compose mon propre journal et le diffuse où je le souhaite, chez moi, à mon bureau, dans mon école, dans mon association, chez mes parents, dans ma copro, dans mon café, dans mon propre kiosque où je vends des magazines imprimés et des Bounty. Ce même journal introduit quelques encarts d'articles nouveaux, d'actus chaudes, lesquels me permettent, à nouveau, de rebondir vers les services numériques. La boucle est bouclée.

Restent à inventer les modèles économiques et les solutions techniques qui en découlent. Je n'ai donc rien dévoilé.

Comme vous le voyez, le point d'entrée n'est peut-être plus le papier. C'est d'ailleurs cette idée que défend la presse américaine en annonçant, pour 2017, la mort complète du papier aux Etats-Unis et, pour 2019, en France. Mais, comme je vous le démontre ici, je ne serais pas aussi pessimiste sur le devenir du papier que le sont les ricains. Aucune tablette à ce jour ne rend un contenu lisible à la terrasse d'un café, au soleil. Aucun support ne permet de partager un contenu à ses aînés retraités et non connectés. Le papier que l'on connaît à ce jour, froid, impersonnel, pourrait bien autoriser un regain d'humanité, grâce à l'émergence du digital. Le digital n'est donc pas l'ennemi du papier, mais peut-être bien son salut. C'est cela le transmédia.

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